Pierre Dac (rédacteur en chef), L’Os à moelle
Le parfait secrétaire
Modèle de lettre à écrire pour ne rien dire
Monsieur ou madame,
Je me fais un devoir de vous écrire ces quelques mots qui, je l’espère, vous trouveront de même. Je souhaite que votre état de santé corresponde au désir que vous devez certainement avoir de le voir se maintenir de façon satisfaisante, et puis vous informer que, de mon côté, c’est identique.
La situation est inchangée depuis les changements dont je n’ai pas cru devoir vous informer, étant donné que ça n’aurait pas changé grand-chose à l’état de nos relations qui, j’en ai la ferme conviction, continueront à rester aussi communicatives que par le passé.
J’espère également que votre rhume des foins n’aura été qu’un feu de paille et que vos enfants sont plus que jamais dans la tradition familiale qui est de mise en vigueur depuis qu’elle existe.
Rien d’autre de bien intéressant à vous communiquer pour l’instant.
Dans l’espoir de vos nouvelles, je vous prie de me croire votre toujours dévoué.
Signature
P.-S. - Je n’ai rien d’autre à ajouter à ce qui précède.
Quand le 13 mai 1938 paraît, à 100 000 exemplaires, le premier numéro de L’Os à moelle, Pierre Dac n’a aucune idée de l’impact que sa loufoquerie aura sur une France préoccupée par la montée des nationalismes en Europe et qui craint l’avènement d’un nouveau conflit. À cette époque, la presse écrite est au sommet de ses ventes. En à peine trois heures, c’est la rupture de stock. Pierre Dac est obligé de réimprimer. Il se vendra 300 000 exemplaires de ce journal qui s’ouvre sur un édito absurde de celui qui sera la voix de la résistance à Londres : "Depuis quelque temps, on sentait que quelque chose allait se produire ; chacun avait comme une sorte de pressentiment, une espèce de vague prescience d’événements définitifs : c’était impalpable, aérien, imprécis, volatil et cependant presque concret dans sa fluidité embryonnaire..." Quand on lui a demandé pourquoi L’Os à moelle, l’homme s’est contenté d’un sibyllin "pourquoi pas" !
Et l’aventure a été belle, très belle. Longue aussi. Jusqu’au 7 juin 1940 avec un numéro, le 109, paru alors que Pierre Dac fuit Paris car placé sur la liste noire d’Hitler. Car, il faut bien le dire, Pierre Dac est plutôt d’un caractère impertinent. Le journal se voulait apolitique. Les événements d’alors ont forcé l’organe à prendre parti. Un homme comme Pierre Dac ne pouvait accepter sans mot dire cette direction de l’Histoire. Qu’importe donc ce que pouvaient en penser quelques dictateurs imbus de leur personnalité. Chacun sa vision du Dictateur. Pierre Dac est grand et le prouve. Tous les jours, les gens se précipitent vers les petites annonces toutes plus ridicules les unes que les autres. Panoplie de nudiste : 10 sous. Dans une France qui a peur, le rire est l’apanage des tristes. L’impertinence des propos tenus pourrait être aujourd’hui censurée. Celle-là par exemple : On demande gardiens de nuit pour tunnel ; nègres s’abstenir. Mais aussi cette dernière : Fritz, stop, méfie-toi, stop. Adolf y t’leurre... Trugludmann. Purement provocatrice à la veille de la guerre que le fameux Nostraubus, adepte de la chaposophie - étude du caractère d’après le chapeau que l’on porte -aurait pu prédire.
Autant de lectures insolites, drôles, mais aussi angoissantes, que l’on peut découvrir dans cet ouvrage qui, s’il ne propose pas l’intégralité des journaux - ce que l’on ne peut s’empêcher de regretter - nous offre néanmoins une nourriture exceptionnelle qu’il importe de digérer avec modération. Un numéro par jour. Voire moins. Pour conserver quelque temps en mémoire certains aphorismes et idées saugrenues.
Philippe II roi de Macédoine, est-il l’inventeur de la salade russe ? La question mérite d’être posée.
Quelque 45 ans plus tard, Pierre Desproges aurait pu enrichir ce texte de sa patte jubilatoire ("cependant et même si ça ne pend pas"). Qu’on ne s’y trompe pas, après les péripéties du Petit rapporteur, du Tribunal des flagrants délires, il a fallu attendre un certain temps avant que d’aucuns, des irresponsables, des gens pour qui se mettre en danger ne signifie strictement rien, exercent leur plume et leur talent oratoire sur France Culture et dans l’émission Des papous dans la tête. Aujourd’hui, ADK reprend brillamment le flambeau. Un temps restreinte au fantas(que)tique Jean-Bernard Pouy (il faut lire Je hais le cinéma et Petaouchnok), le label s’ouvre au Dr Patrick Pommier (bien qu’avec la collaboration de JBP) et à Francis Mizio qui fait un retour fracassant dans le monde loufoque et absurde des gerris.
Dr Patrick Pommier (en collaboration avec JBP), L’Expédition Calys
En mai 2005, JBP avait révélé certains dessous de L’Expédition Sanders-Hardmuth avec un brio remarqué. Ce novembre, le Dr Patrick Pommier continue les recherches tintinophiles et s’attaque à L’Expédition Calys. Sous-titrée "Contribution à l’élaboration d’une biographie des scientifiques participants agrémentée d’une bibliographie partielle de ces mêmes savants" cette étude se base sur l’ouvrage de Rémy G. autrement connu sous le nom d’Hergé, L’Étoile mystérieuse.
Chacun des savants de l’expédition est défini avec une biographie rigoureuse et fouillée, ainsi qu’une bibliographie exhaustive qui traite aussi bien des livres scientifiques que des œuvres de fiction qui semblent avoir fasciné nos chères têtes bien pleines mais distraites.
Les pays, c’est pas ça qui manque,
On vient au monde à Salamanque,
À Paris, Bordeaux, Lille, Brest...
... chantait le poète. Pour Porfirio Bolero y Calamares, ce fut Salamanque.
Il y naquit, y vécut et y mourut.
Porfirio Bolero y Calamares (1890-1969) est un des savants de l’expédition. Grâce à cet ouvrage, on apprend que l’homme était affable et polyglotte, n’hésitant pas à saluer, dans ce quartier cosmopolite, ses rencontres, aléatoirement d’un Hola ! ou d’un Salam ! Qu’il ne s’aventura que très rarement hors de son quartier avec, il est vrai, une exception notable. Mais, contrairement à la rumeur, il n’aura jamais bu le Calys jusqu’à la lie. Nul doute que son lecteur du très controversé Quand ton corps, billard, devient aqueux : rimes stoechiométriques érotiques II si !
Francis Mizio, Comment les araignées d’eau...
Francis Mizio éprouve une fascination fascinante pour les gerris, ces fameuses araignées d’eau. Dans une étude comprenant des illustrations et des gravures, il retrace l’épopée de l’insecte à travers les âges. À travers toutes les époques, passées et à venir. En effet, Nostramizio prédit l’introduction du gerris dans les nanotechnologies chinoises, ce qui amènera le chaos en Occident. Mais Francis Mizio réalise aussi une première partie d’étude classique et réjouissante. Ainsi quand il nous parle de Da Yu, fondateur de la dynastie Xia, qui contrôlait les flots et tout ce qui flottait dessus. Il savait même le nombre des araignées d’eau ! Ceci n’est qu’un exemple parmi tant d’autres dont on se demande s’ils sont réels ou fictifs. Le talent de Francis Mizio, dans ce livre, est justement de proposer des trucs tellement gros qu’ils pourraient être vrais. Et qui pourrait affirmer aujourd’hui que dans tout ce joli galimatias ne se cache pas une vérité essentielle ? La sauvegarde de notre monde passera sans doute, comment faire injure à l’éminent contemplateur, par les gerris, ces petits êtres qui traversent de longue date nos intempestives intempéries.

NB -Les illustrations de ce livre ont été réalisées par Xavier Gorce.
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